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la mémoire et les sangliers

L’origine


Réserve de Bouna - Côte d’Ivoire 1974


Une terre africaine, sur un territoire animal, l’homme est simplement de passage en tant qu’observateur, voyeur, rêveur, il se tient au sommet d’une colline qui domine la plaine arborée.


Des marques au sol dans la savane, un long et étroit chemin esquissé, un trait approximatif mais déterminé. La succession des passages d’animaux en file indienne a fait émerger la latérite au milieu des herbes sèches. Une ligne qui se dessine puis qui s’estompe au loin, à la limite du regard. Un grand coup de crayon dans le paysage. La volonté instinctive et répétitive pour « aller ? », boire, manger, chasser, se reposer, se cacher, seules les bêtes le savent.


Ces traces révèlent une présence immémoriale, provoquent une attente, déclenchent une sorte de souvenir inventé chez le guetteur. Découvrir les arpenteurs de cette route. Imaginer qui ils peuvent être. Quelles sont les heures de passage, le soir, la nuit... Scruter l’horizon, les croire là, dissimulés, déguisés en rocher, en herbes hautes qui oscillent, en branches basses, en ombres, une volonté presque désespérée de vouloir les voir. Pourquoi ? Pour être au monde, pour partager cette terre. Parfois la rencontre s’opère, ils sont là ! Aussitôt entrevus et déjà au-delà du regard.


Souvent ce désir désenchanté, cette résolution farouche et enfantine d’imaginer ce rendez-vous rêvé laisse place à une grande solitude. Revenir ?


Aujourd’hui la terre rouge de Provence. La même attente, des pistes semblables au sol supposées empruntées par des sangliers. La boue ocre rouge incrustée de soie noire sur le tronc des arbres pour marquer leur territoire.

Réaliser des empreintes de ces signes volontairement abandonnés sur l’écorce, ces craquelures enduites de terre argileuse seront transcrites sur du papier japonais par estampage pour « prendre le revoir » de la bête, pour exister ailleurs, pour ajouter une strate témoin.






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