Démarche

 

Le paysage est présent dans mon travail parce qu'il est le lieu de création et de présentation de mes œuvres et il en est souvent le matériau.

Il devient alors territoire et atelier.

 

La marche est le vecteur et l’élément fondateur. Elle permet de traverser le paysage, de le personnaliser, de l’identifier, de le mesurer, de le structurer, de le cartographier.

 

Le territoire structuré

 

Ce territoire peut être ponctué de signes, de marques, de repères matérialisés par des structures dressées et architecturées. Ces signes, ces marques, ces structures sont éphémères. Elles sont composées soit d'éléments manufacturés donc identiques, non identifiables et multipliables soit d'éléments semblables de même essence mais uniques (bois, pierre..). Ces formes s'apparentent à des constructions et revendiquent une présence humaine dans le paysage.

Le territoire mesuré : terr-e-toile

 

L’intention est de ne prélever aucun matériau, de ne modifier aucun aspect du territoire, de ne laisser aucun signe mais de procéder à une double collecte en parcourant ces espaces. Une collecte d’empreintes virtuelles et une récolte d’empreintes géologiques.

 

Les empreintes virtuelles

 

Le paysage peut être  traversé,  parcouru, arpenté, avec l’utilisation et le détournement d’un outil de géolocalisation, le GPS.

 

J’arpente divers territoires, connecté à un système de géolocalisation. Mes positions dans le paysage sont ainsi répertoriées et archivées, elles figent ma présence, elles deviennent ensuite empreintes et donneront naissance à des traces ailleurs dans l’espace et le temps.

Ce matériau brut que sont ces positions (heure de passage, latitude et longitude),  je les traite au travers d’un code (conçu par Julien Gibelin) afin d’obtenir une œuvre visuelle et abstraite, une cartographie du territoire, une traduction de la marche. Le système GPS ainsi détourné de sa fonction initiale se révèle être source de couleurs et de signes.

 

La marche, comme vecteur, est aussi le regard et le regard c’est l’immédiateté qui s’impose comme la quasi-instantanéité de la propagation des ondes électromagnétiques. Le regard du marcheur et le marcheur regardé en temps réel, terr-e-toile se situe à la conjonction de ces regards dans une même temporalité, il est la mesure du temps caractérisé par sa double nature, à la fois continuité et succession.

 

Les empreintes géologiques

 

La marche, comme vecteur, c'est aussi le toucher. Aller capter la forme en prélevant sa présence. Je choisis une surface, échantillon de la roche. J’entre en contact, imposer le papier humidifié sur la forme minérale, exercer une pression avec les mains, épouser le faciés du spécimen, tamponner à l’aide d’une brosse. L’acte de mouler une infime partie du tout abolit toute distance avec le sujet. Attendre un instant que le soleil et le vent assèchent ce tampon, retirer ce masque de cellulose afin que la matrice retrouve son intégrité.

J’obtiens ainsi une figure en relief, en creux. Suspendre le geste avant la réplique, arrêter le processus de reproduction, conserver simplement l’idée d’un volume futur. Faire de ce procédé une marche interrompue, une halte. Le papier ainsi déformé, altéré, s’octroie le titre d’œuvre.

Reprendre la marche.

 

Les empreintes virtuelles et géologiques se juxtaposent et créent terr-e-toile.

terr-e-toile est le résultat d'une collaboration avec Julien Gibelin

La marche et le paysage

Le travail dans le paysage

 

La prise de forme par estampage.

De l’eau, du papier, la pression des mains.

La Sainte Victoire

Comment aborder ce monument qu’est cette montagne, tant de grands artistes s’y sont confrontés, de Cézanne à Fabienne Verdier récemment.

Sa structure massive mais changeante sous la lumière l’éloigne en permanence.

L’approche de la Sainte Victoire se fait par le regard qui la laisse à distance mais aussi par le toucher, la marche d’abord puis les mains.

La marche, le déplacement, la traversée du paysage est matérialisée dans les « empreintes numériques », toiles réalisées grâce au GPS.

Puis les mains avec comme témoin le papier vont entrer en contact avec la roche, avec  la matière inerte pour réaliser une prise de forme, en analogie avec une prise de vue.

 

La forme peut être assimilée alors à l’inframince, terme inventé par Marcel Duchamp*.

En l’occurrence l’inframince  serait le temps consacré au placage du papier Washi sur le support humide avec les mains et la transparence née de cette opération qui fait émerger la forme le temps du séchage avant qu’elle ne disparaisse sous l’opacité du papier sec.

Elle existe le temps de sa prise, elle est l’œuvre la plus éphémère et la plus abstraite qui soit. Le contact, le geste, le procédé sont l’œuvre, le papier est le témoin de cet acte, il va saisir l’insaisissable, l’air mais aussi l’histoire de la forme.

Le papier ainsi « déformé », transformé devient une trace unique de la forme, il en est la marque à deux faces, le positif et le négatif et peut-être une troisième la transparence.

 

La marbrière

 

Lieu d’extraction de la brèche du Tholonet au cœur de la montagne, lieu d’arrachement qui a laissé des stigmates apparents et indélébiles sur la paroi.

Ce chantier est devenu pour moi un lieu de travail vers lequel je reviens régulièrement, un atelier de passage, de passeur. Ce travail sur la marbrière a été présenté dans une exposition « bis repetita placent » à l’EAC notamment pour cette répétition de l’action.

Quand l’empreinte est faite sur la face du bloc travaillée lors de l’extraction, sa forme imperceptible, éphémère, non violente est en contradiction avec l’objet dont elle va retracer le parcours. Ce bloc erratique, abandonné et inutile est la preuve de l’impact que peut avoir une intervention humaine dans une approche purement matérielle.

 

Le retour à l’atelier.

 

L’étape suivante est la prise d’empreinte reproductible, plaque d’acier martelée qui va servir de matrice à des gravures à l’encre… L’empreinte change alors de domaine elle devient moule, la mise à distance s’installe à nouveau sous le rouleau de la presse.

 

*L'inframince, explique Duchamp, est comme le délai qui sépare, dans un tir de foire, « le bruit de détonation d'un fusil (très proche) et l'apparition de la marque de la balle sur la cible ».