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La Marbrière - Sainte Victoire

Mis à jour : nov. 15

Le paysage sculpté

La route de macadam est au pied de la Sainte Victoire, elle contourne le massif. Suivre cette route d’asphalte, curieusement sans grand dénivelé, sorte de fermeture Éclair qui l’isole, l’esseule, la rend îlienne, la sacralise. La Sainte Victoire est ciselée par l’érosion, quelques hommes l’ont habitée pour guetter, prier, se réfugier mais elle est restée de marbre, seules les extractions opérées par les carriers laissent des traces, des griffures, moments suspendus. Au-delà de ces vestiges la masse calcaire se masque de lumière, de couleur, de nuages, de brume au gré des heures et du vent, elle est insaisissable.

La marbrière,

Le temps de l’extraction est terminé, la carrière est fermée depuis les années 1930. Les prélèvements ont été abandonnés et sont disposés dans une mystérieuse composition sur une plateforme aménagée. Les blocs marqués au nom du client, DV, sont numérotés 96, 97, 99. La suite des nombres n’est pas continue, des ruptures. Certains sont au bas d’un pierrier à quelques dizaines de mètres en contre-bas de la plateforme, blocs erratiques, d’autres sans doute ailleurs. Énigme. La présence d’outils, les coins éclateurs bloqués sous la masse de roche, le câble inséré dans la fente du bloc, attestent de cet abandon précipité comme si la montagne avait voulu retenir cette partie d’elle-même.

L’estampage,

Prendre le chemin de la marbrière, remonter à la source, à la carrière, dans la paroi verticale de la montagne. Rouvrir le chantier. Réaliser la prise de forme des prélèvements abandonnés sur papier washi avec l’eau recueillie dans de petites fondations creusées dans la roche, parfois octogonales, le plus souvent rondes qui laissent imaginer des constructions de bois. Traces architecturales du lieu d’extraction.

La légèreté, la relative fragilité du papier se confronte à l’extravagante masse de ces monolithes, volume façonné de plusieurs tonnes.

Ils ne seront jamais fontaines, colonnes, statues… Leur vocation interrompue prendra une autre destination, les estampes sur papier iront rejoindre les empreintes numériques ailleurs, dans un autre territoire.



Le bruit de l’absence

L’extraction a laissé une caisse de résonance, une alcôve minérale, aux parois nues et planes, le ciel en guise de toit. Pour témoin, une feuille de papier japonais d’un format de 27x34cm s’interpose entre le sol de marbre et l’outil de pierre qui le martèle. Le son répétitif de la pierre au contact de la roche s’amplifie sur les murs du vide. Les chocs successifs créent de multiples et minuscules arrachements dans le papier empreint de l’absence des blocs.

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© 2018 par Denis Gibelin / créé avec Wix.com